La magie Alaïa  par Annabelle Baudin

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03Ce qui émane du parcours d’Azzedine Alaïa c’est l’omniprésence des femmes. Mères,  accoucheuses, muses ou mécènes, toutes sont des  « femmes libres. » Chacune d’entre-elles, à leur manière, lui ont donné la vie.

Si Azzedine Alaïa est un homme discret, son travail n’en reste pas moins porteur d’un message dévoilant, pour qui sait l’interpréter, la recherche d’un idéal féminin sur lequel le temps a depuis longtemps lâché prise. Comprendre le travail du couturier, c’est aussi revenir à la source qui donne un sens à sa quête insatiable d’une femme dont l’allure magnifiée se veut universelle.

Azzedine Alaïa n’a pas grandi auprès de sa mère. Aimante, elle le confie très jeune à ses grands-parents qui vivent à Tunis. Ses parents cultivent le blé à la campagne, et sa mère souhaite avant tout que le jeune garçon et à sa sœur Hafida bénéficient d’une éducation en ville. Clairvoyante, c’est en sacrifiant une partie d’elle-même, que la mère d’Azzedine Alaïa esquisse les pourtours d’une vie dont la femme sera le centre.

La seconde femme de sa vie est la sage-femme qui l’a mis au monde, Madame Pineau.  À ses yeux, elle incarne la liberté et inspire le respect. Tous les vendredis soir, ses grands-parents le dépose chez elle. Azzedine Alaïa l’aide  en lui apportant de l’eau alors qu’elle accouche les femmes et le dimanche, elle l’emmène à la messe.  Azzedine Alaïa n’a alors que 10 ans. Aujourd’hui, il se remémore sans aucune difficulté « l’image de la Vierge » qui l’inspirait beaucoup.

Un symbole virginal qui est peut-être à l’aune du mystère de ses créations, dénuées de toutes fioritures. Privilégiant le vêtement nu, Azzedine Alaïa est convaincu que le succès d’une robe réside dans son autorité à se faire oublier au profit de la femme dont elle sert le portrait. Les créations sortant des ateliers du couturier cachent souvent leurs énigmes sous la forme d’une virginité insolente.

77-011Enfant, il aidait les femmes à donner la vie. Quelques années plus tard, il les fera renaître.

Une renaissance qu’Azzedine Alaïa doit beaucoup à Madame Pineau. C’est elle, attentive, qui détecte très rapidement en lui des prédispositions artistiques et l’incite à s’inscrire à l’école des Beaux-Arts de Tunis. Le futur créateur y décide alors d’étudier la sculpture. Est-ce à travers ce choix judicieux que réside l’un des secrets du couturier ? En effet, tel un sculpteur, Azzedine Alaïa maîtrise l’académie des corps et modèle le tissu comme celui qui sculpte la terre ou le marbre. Pour lui « une matière peut déclencher une forme ».

Si l’école des Beaux-arts façonne son avenir, Azzedine Alaïa doit néanmoins financer ses études. C’est ainsi que la chance s’invite subtilement dans sa vie.

21-004Afin de payer ses fournitures, le fusain, les papiers, il passe ses nuits à surfiler des robes pour une couturière de quartier. Mais à Tunis, il n’est pas d’usage qu’un garçon fasse de la couture et le jeune homme se fait vite remarquer. Deux filles issues d’une grande famille tunisienne qui vit en face du magasin où Alaïa travaille s’interrogent quant à ses allées et venues. Elles demandent à le voir. Séduites par sa dextérité, elles le recommandent à Madame Richard,  une couturière française qui achète de nombreux patrons Haute Couture en provenance de Paris et les duplique pour une clientèle tunisienne. Madame Richard est conquise.

Grâce à la qualité de son travail, il noue ses premières amitiés auprès des femmes influentes de la ville.  La mère de Leïla Menchari, aujourd’hui créatrice des vitrines Hermès, l’incite à s’installer à Paris, et favorise son entrée dans la célèbre maison Dior. Dès lors, le chemin d’Alaïa semble tracé sur mesure.

Par les fenêtres de chez Dior, le jeune homme sent  les odeurs de parfum, observe le chef d’atelier et les vendeuses toutes de noir vêtues, flirtant alors avec un rêve qui ne sera que de courte durée. « Au bout de cinq jours, ils m’ont renvoyé pour des raisons administratives. »

Leïla Menchari lui obtient alors une chambre de bonne dans la rue Lord-Byron où elle habite. Autonome, il multiplie les petits boulots qui lui permettent de croiser le chemin de nombreuses femmes.  Toutes, à leur façon, joueront un rôle important dans sa vie. Grâce à Louise de Vilmorin, la compagne d’André Malraux, il est introduit dans « le beau monde » et commence à se constituer une clientèle privée.

Malgré ses débuts prometteurs dans une haute société toujours à l’affût du dernier talent, Azzedine Alaïa décide d’intégrer la Maison Guy Laroche. Une façon pour lui de perfectionner son savoir-faire. L’expérience sera de courte durée puisque deux ans après, le créateur s’installe à son compte en tant qu’artisan couturier dans un appartement-atelier, rue de Bellechasse. Dès lors, le bouche à oreille se met en marche et au cœur de son petit appartement engorgé par de nombreuses machines à coudre, le va-et-vient est permanent.

 

En 1979, son ami Thierry Mugler, l’encourage à présenter sa propre collection. Son premier défilé est une suite improvisée de tailleurs structurés et moulants travaillés dans le cuir, de manteaux de cuir perforés d’œillets métalliques et de jupes lacées sur les reins, déambulant entre sa cuisine et son salon. Dès lors, lieu de vie et de travail se confondent. Azzedine Alaïa vit où il travaille, œuvre là où il vit.

 

07-017-v2Nous sommes alors dans les années 80. Bill Cunningham organise pour le Women’s Wear Daily une séance de photos mettant en scène trois jeunes rédactrices de mode qui, par la suite, deviendront légendaires, marchant dans les rues de Paris. Azzedine Alaïa les pare de ses robes zippées en cuir. Intuitif, Bill Cunningham augure que ces robes noires vont influencer la mode des dix prochaines années.  Ce que le photographe n’imaginait peut-être pas, c’est que ses images bouleverseront en profondeur l’histoire de la mode. Peu de temps après, le grand magasin Bergdorf Goodman envoie un télégramme au couturier pour lui commander des pièces. Croyant à une blague de Thierry Mugler, Azzedine Alaïa n’y répond pas. Le succès est pourtant au rendez-vous. À la suite des publications de Bill Cunningham, ses collections sont vendues par les grands magasins américains, la presse internationale s’affole autour du créateur, les clients d’outre-Atlantique se déplacent jusque Paris. La mythologie « Alaïa » voit le jour.

 

À la fin des années 80, en dépit d’un succès allant crescendo, Azzedine Alaïa décide de s’opposer au rythme artificiel des saisons et des défilés ; osant ainsi rompre avec le calendrier contraignant qui privilégie le rendement au détriment de la création. Pour lui, cette « tyrannie du temps présent » n’est pas propice à la réflexion et au travail. Alaïa est rentré dans la mode par et pour le vêtement et non par une avidité médiatique qui viendrait s’interposer entre lui et sa créativité.

S’insurgeant contre « cet aberrant » devoir de nouveauté, il renonce même à certaines collections pour mieux se concentrer sur une autre. Selon lui,  un créateur a besoin de six mois pour travailler et réfléchir. En  divorçant d’avec  le système, Alaïa peut se concentrer sur l’essentiel en laissant libre court à sa créativité spontanée. « Je crois pouvoir dire que mes vêtements sont indatables, ils sont faits pour durer. »

Azzedine Alaïa n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite.  La liberté et l’affranchissement des codes sont ses maîtres-mots. Si le couturier a su effacer les dates, il n’en a pas moins conservé les souvenirs.

Malgré des choix qui ne font pas l’unanimité, Azzedine Alaïa s’installe durablement dans le paysage de la mode française et internationale. Si bien que plusieurs ministres de la Culture souhaitent « l’épingler »  de décorations qui font honneur. À tous, il répond invariablement avoir eu la plus belle des récompenses le jour où il a reçu sa carte de naturalisation française.

71-013Parisien dans l’âme, Alaïa voyage avec parcimonie. Une collection, un essayage, les retouches d’une robe prévalent toujours sur un départ. À travers ses collections, il accepte peu les incursions qui transforment le vêtement en carte postale du pays visité. Pour autant, la notion de métissage est un sujet d’inspiration constant, peut-être même inconscient. L’Afrique ponctue subtilement son travail. Les grands fauves dirigent des imprimés et domptent les corps élancés, les ocres, les jaunes, les teintes poussière écrasées par le soleil brûlant servent de palette. Des robes tressées, des robes totems sans folklore démontrent l’attachement d’Alaïa pour ce continent.

Si Alaïa déclare avec humilité qu’il préfère que l’on remarque la femme et non ses vêtements, il peut s’honorer d’avoir apostrophé les créateurs voisins sur des sujets qui ont donné aux femmes d’autres vertiges vestimentaires.  Pour le créateur, il n’y a pas de matériaux méprisables. Les tissus nobles, les peaux, les cuirs ou les cotons modestes ont chacun leurs vertus.  Secouant toutes les conventions, brisant les codes, il consacre l’aristocratie de chacun.

Ses créations revêtent alors un caractère singulier. L’ornement est toléré, mais il a peu de place, si ce n’est pour sa valeur structurante. Son accessoire ultime ? « Le Zip ». D’un geste rapide, il achève le vêtement. Quand il tourne autour de la silhouette, il rend hommage à la garde-robe d’Arletty  et confirme le couturier en sculpteur. Le Zip est la griffe achevée du couturier. Tel un chroniqueur attentif des corps qu’il commente, il rectifie, ennoblit,  glorifie la femme.

Citoyen du monde, méditerranéen de Tunis et parisien dans l’âme, à 74 ans Azzedine Alaïa devient le parrain incontestable d’un luxe imperceptible. Son travail, sa rigueur  et son indépendance font de lui un monument français, rassurant par sa stabilité et sa créativité sans faille mais, pour que la magie opère, l’homme aura dû défier le temps.

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Entrevue réalisée par: Annabelle Baudin 

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